بِسْمِ اللهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيم


Le fils de chaykh Ĵamālou d-Ḍīn ibnou ẓ-Ẓāhiriyy, dans un livre qu’il a écrit pour certaines de ses connaissances à Damas, a dit que la totalité des gens d’Egypte parmi les juges, les chefs religieux, les juristes, les savants et les gens du commun le dénigrèrent mis à part le juge ḥanafiyy qui prit sa défense [faute de preuve] et le juge chāfiﺀiyy qui ne se prononça pas [faute de preuve]. Et le plus virulent de ceux qui se sont élevés contre Ibnou Taymiyyah fut le chaykh Naṣrou l-Mounbaĵiyy et ceci en raison du fait qu’il défendait Ibnou ﺀArabiyy [et l’innocentait de ce qu’on pouvait injustement lui attribuer comme égarements] et qu’Ibnou Taymiyyah osa lui adressé une lettre dans laquelle il le condamna pour cela. Cela lui déplu car dans cette lettre, Ibnou Taymiyyah avait calomnié Ibnou ﺀArabiyy et fait preuve d'encore plus de démesure en le déclarant mécréant. Dès lors il l’attaqua à son tour et incita Baybars al Ĵāchnakīr -qui éprouvait énormément d’affection pour lui et le glorifiait- à faire de même. Par la suite, le juge des mālikiyyah, Zaynou d-Dīn ibnou Makhloūf rejoint le chaykh Naṣr et porta immodérément atteinte aux hanābilah. Cependant, le juge des ḥanābilah Charafou d-Dīn al Ḥarrāniyy n’était pas connu pour être un érudit ; c’est pourquoi il pressa les ḥanābilah de répondre à sa place pour expliquer leur croyance. C’est alors qu’ils lui dictèrent ce qu’il devait écrire.  Quant au juge des hanafiyyah installé à Damas, Chamsou d-Dīn ibnou l-Ḥarīriyy, il était de ceux qui avait pris parti pour Ibnou Taymiyyah [n’ayant pas eu connaissance de tous ses dires] et avait rédigé à son sujet une lettre dans laquelle il faisait l’éloge de sa science et de sa compréhension et dans laquelle il disait grosso modo que les gens n’avait pas vu pareil homme depuis trois siècles. Lorsqu’Ibnou Makhloūf eut connaissance de cela, il œuvra à évincer al Ḥarīriyy de son poste ; c’est alors qu’il fut remplacé par Chamsou d-Dīn al Adhraﺀiyy qui fut remercié à son tour l’année suivante. Quant à Sallār, il prit le parti de défendre Ibnou Taymiyyah ; il convoqua les trois juges chāfiﺀiyy, mālikiyy et ḥanafiyy pour tenter de négocier sa libération. Ils acceptèrent à la condition qu’il se repente de sa mauvaise croyance. Ils furent envoyés à lui à de nombreuses reprises sans qu’Ibnou Taymiyyah ne daigne les rencontrer. Il resta sur ses positions et donc aux oubliettes jusqu’à ce que l’émir Ālou Faḍl intervienne en sa faveur et le fasse sortir le 23è jour du mois de rabīﺀ  al-‘awwal. Il fut ainsi amené à la citadelle afin de s’entretenir avec certains juristes. A la fin de cet examen, ils rédigèrent un compte-rendu attestant qu’il avait dit : « Je suis Achﺀariyy » et plus loin, écrit de sa propre main : « moi qui ai pour croyance que le mot Qour’ān a également pour sens la Parole de Allah en tant qu’attribut qui comme tous Ses autres attributs n’a ni début ni fin, qui n’est donc pas créé, et qui n’est pas un son. Et la signification de Sa parole : ﴾ الرَّحۡمـٰنُ عَلى العَرۡشِ اسۡتَوَى ﴿ n’est pas le sens apparent et je n’ai pas connaissance de la réalité de ce qui est voulu par ce verset mais Allah Seul connait sa réalité. Et je dis au sujet du terme « nouzoūl » ce que j’ai dit au sujet du terme « istiwā’ » [c’est-à-dire que leur signification n’est pas le sens apparent]. Ecrit par Ibnou Taymiyyah. » Puis le 25 du mois de rabīﺀ  al-‘awwal de l’an 707, ils lui demandèrent de confirmer par écrit qu’il s’était repenti de son plein gré de tout ce qui contredisait cela. Et témoignèrent de ces faits nombre de savants et autres. Le problème fut donc réglé et Ibnou Taymiyyah libéré. Il s’installa par la suite au Caire.

Mais après un certain temps, un groupe de ṣoūfiyy se rassembla autour de Tāĵou d-Dīn ibnou ﺀAṭā’ et se dirigèrent vers la citadelle la deuxième dizaine de mois de chawwāl pour se plaindre d’Ibnou Taymiyyah du fait qu’il critiquait les maîtres des voies spirituelles et prétendait illicite la demande de secours par le degré du prophète. La situation était telle qu’on ordonna son acheminement vers la Syrie sur la monture du chevaucheur [1] mandaté pour l’y emmener alors que le juge Zaynou d-Dīn ibnou Makhloūf, préoccupé par sa santé, était au crépuscule de sa vie. Lorsqu’il lui parvenu l’arrivée d’Ibnou Taymiyyah il écrivit au vice-sultan qui, de Bilbeis, le fit ramener et le fit juger par Ibnou Ĵamāﺀah. Charafou d-Dīn ibnou ṣ-Ṣāboūniyy témoigna contre Ibnou Taymiyyah et il a été dit que ﺀAlā’ou d-Ḍīn al Qoūnawiyy témoigna également contre lui. Il fut alors incarcéré dans la prison du quartier de Daylam le 18 du mois de chawwāl jusqu’à la fin du mois de ṣafar de l’année 709. On rapporte également à son sujet qu’un groupe de gens venaient à lui et qu’il les entretenait sur ce qui lui avait valu tous ces griefs. On ordonna alors son transfert vers Alexandrie et il y fut conduit à la fin du mois de ṣafar par l’émir [Sayfou d-Dīn Sallār] et aucun de ses disciples ne put l’accompagner ; il fut alors enfermé dans la tour est [de la ville].

Par la suite, un certain nombre de ses disciples se présentèrent à lui sans qu’on ne les en empêchent jusqu’à se succéder groupe après groupe. L’endroit dans lequel il était retenu prisonnier était vaste ; dès lors les gens se mirent à lui rendre visite pour apprendre de lui et examiner avec lui certains sujets. J’ai lu cela dans le livre d’histoire intitulé al Mouktafa ﺀalā kitab ar-rawḍatayni de l’imam al Barzāliyy. Ceci perdura jusqu’à ce qu’an-Nāṣir revienne au pouvoir et cherche à régler sa situation. Il le convoqua et s’entretint avec lui le 18 de chawwāl. Il le traita avec bienséance, réunit les juges et tenta de raccommoder les liens entre lui et le juge mālikiyy. Ce dernier exigea d’Ibnou Taymiyyah qu’il s’engage à ne plus recommencer et le sultan de lui dire : « il s’est certes repenti ». Il résida au Caire et les gens le sollicitèrent jusqu’à ce qu’il parte en Syrie conquérir aux côtés d’an-Nāṣir au mois de chawwāl de l’an 712. Il parvint à Damas au début du mois de dhou l-qiﺀdah après s’en être absenté sept années. Une foule de gens l’accueillirent, ravis de sa venue et sa mère était alors encore en vie.

Mais au mois de Ramaḍān de l’an 719 ils s’insurgèrent contre lui à cause de ses dires relatifs à la question du divorce ; son interdiction de donner des fatwas fut alors confirmée. Puis au mois de raĵab de l’année suivante il fut à nouveau interrogé par une assemblée de savants et emprisonné dans la citadelle de laquelle il fut libéré le jour de ﺀĀchoūrah de l’an 721.  

Ils s’élevèrent encore une fois contre lui au mois de chaﺀbān de l’an 726 à cause de ses déclarations sur le fait de visiter la tombe du prophète. Il fut alors incarcéré à la forteresse jusqu’à ce qu’il y décède la nuit du 22 de dhou l-qiﺀdah de l’an 728. »



[1] Cavalier, maître de poste : anciennement, messager royal qui emmenait les plis à cheval

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الحَمْدُ لله رَبِّ العَالَمِيْنَ

La louange est à Allāh, le Créateur du monde.