بِسْمِ اللهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيم


Ibnou Ḥaĵar continue en disant : « Et Ibnou Taymiyyah s’adressait aux gens depuis le minbar à la manière des exégètes, avec en plus la science des lois et du hadith. Il était capable, en une heure de temps, de transmettre du Livre, du ḥadith, de la langue et des avis -ce qui nécessitait plusieurs séances pour être transmis- comme si ces sciences étaient devant ses yeux et qu’il pouvait choisir d’en citer ou d’en taire ce qu’il voulait.

C’est la raison pour laquelle ses disciples ont fait preuve de démesure dans leurs éloges envers lui ce qui l’a conduit à l’infatuation, à tel point qu’il s’est considéré supérieur à ses congénères, convaincu qu’il avait atteint le degré de jurisconsulte. Il s’est alors permis de répliquer aux savants qu’ils soient grands ou petits, anciens ou contemporains allant même jusqu’à déclarer que le compagnon ﺀOumar s’était trompé sur un sujet. Lorsque ceci parvenu aux oreilles du chaykh ar-Raqī, il le condamna fermement. C’est alors qu’Ibnou Taymiyyah vint à lui, présenta ses excuses et se repentit.

Et il a dit au sujet de ﺀAliyy qu’il s’était trompé dans dix-sept sujets -de sorte qu’il a contredit le texte du Livre- parmi lesquels le fait que la période de viduité [de celle qui est enceinte] dure jusqu’à la plus lointaine des deux échéances [à savoir: l’accouchement ou quatre mois lunaires et dix jours]. Et son parti pris pour l’école théologique hanbalite était tel qu’il s’attaqua aux achﺀariyyah allant même jusqu’à insulter al Ghazālīyy. C’est alors qu’un groupe de gens s’éleva contre lui et failli le tuer.

Puis lorsque Ghazān [Khān] arriva en Syrie avec son armée de Tatars, Ibnou Taymiyyah s’opposa à lui et lui adressa des paroles virulentes. Le roi se résolu à le tuer au départ mais fini par lui laisser la vie sauve. Depuis ce jour, Ibnou Taymiyyah devint célèbre.

Il est avéré que le chaykh Naṣrou l-Manĵabiyy -grâce au fait que Baybars al Ĵāchnakīr croyait en lui- bénéficia d’une posture au sein de la nation. Lorsqu’il lui parvenu qu’Ibnou Taymiyyah proférait des attaques à l’encontre d’Ibnou ﺀArabiyy qu’il considérait en dehors de tout soupçon, il clama son opposition farouche à tous ceux que la faiblesse de compréhension pourrait conduire à lui attribuer l’athéisme et la croyance en l’unité absolue. C’est alors qu’Ibnou Taymiyyah le méprisa par le biais d’une longue lettre dans laquelle il lui imputa, à lui et ses partisans, la croyance en l’unité absolue qui est incontestablement une hérésie. Cette accusation leur fut insupportable en plus de quoi un autre groupe confirma au sujet d'Ibnou Taymiyyah des paroles offensant la croyance qu’il prononça dans ses exhortations et ses fatwas. Ils rapportèrent en effet qu’il énonça le hadith « an-nouzoūl » puis qu’il descendit deux marches du minbar et dit : « [Allah descend] comme moi je descends » il fut alors considéré comme un anthropomorphiste. On rapporta également son opposition à celui qui fait le tawassoul ou l’istighāthah par le degré du prophète. Il fut alors expulsé de Damas au mois de Ramaḍān de l’an 705 et lui arriva ce qui lui arriva. Il multiplia alors les allers retours vers la prison durant près de quatre années voire plus encore et malgré cela il continuait de donner des fatwas et de vaquer à ses occupations. Jusqu’à ce que le chaykh Naṣr saisisse Karīmou d-Dīn al-Āmalī, le chaykh de la retraite [1] "Saﺀīdou s-Souﺀadā’", qui l’en expulsa. Il saisit aussi le chaykh Chams d-Dīn al Ĵazariyy qui le renvoya de la chaire « Tadrīs ach-charīfiyyah ». Il fut rapporté également qu’al Āmaliyy, qui se trouvait en Egypte, se retira quarante jours et ne quitta pas sa retraite avant que l’Etat de Baybars ne s’effondre, qu’on n’entende plus parler de Naṣr si ce n’est que rarement et qu’Ibnou Taymiyyah ne fut envoyé en Syrie.

Les gens dirent au sujet d’Ibnou Taymiyyah des choses diverses et variées, de sorte que certains le considérèrent comme un anthropomorphiste au regard de ce qu’il avait écrit dans ses livres intitulés al ﺀaqīdatou l-ḥamawiyyah et al ﺀaqīdatu l-wāsiṭiyyah et autres comme le fait que les termes yad, qadam, sāq, et waĵh étaient des attributs d’Allah qu’il fallait comprendre au premier sens [c’est-à-dire qu’il attribuait à Allah la main le pied la jambe et le visage] mais aussi qu’Allah par Son Etre est de la même taille que le trône. On lui dit alors que sa prétention impliquait l’incarnation d’Allah dans l’endroit et sa division en partie ; il répondit alors : « Moi je ne me résigne pas à dire que l’incarnation dans l’endroit et la division en parties et une particularité réservée aux corps ». C’est comme s’il avait dit que Allah s’incarne dans un endroit par Son Etre.

D’autres en revanche le considérèrent comme un irréligieux à cause du fait qu’il ait dit qu’on ne faisait pas al istighāthah par le degré du prophète considérant que cela constituait un dénigrement à l’égard du prophète et un obstacle à sa glorification. Celui qui se montra le plus virulent à l’égard d’Ibnou Taymiyyah fut an-Noūr al Bakriyy. Lorsqu’il le convoqua suite à cette parole, une partie de l’assemblée appela à le réprimander ; il dit alors : « Si le sens voulu par cette parole est le dénigrement alors il mérite d’être exécuté mais s’il a simplement voulu dire qu’il n’a pas vu quelqu’un faire cela auparavant il ne sera pas réprimandé ».

D’autres encore l’ont considéré hypocrite à cause de ce qu’il avait osé dire au sujet de ﺀAliyy : la parole susmentionnée, mais aussi qu’il a été délaissé par ses pairs lorsqu’il a déclaré la guerre à Mouﺀāwiyah. Ou encore qu’il a cherché maintes fois la place du calife sans y parvenir ; qu’il a combattu pour le pouvoir et non pour l’intérêt de la religion ; et qu’il aimait commander et que ﺀOuthmān aimait l’argent. Et qu’Abou Bakr a embrassé l’Islam alors qu’il était un vieillard ne sachant pas ce qu’il disait et que ﺀAliyy embrassa l’Islam alors qu’il n’était qu’un enfant que l’entrée en Islam d’un enfant n’est pas valable selon un avis. » [Fin de la parole d’Ibnou Ḥaĵar].



[1] Le mot khā’iqāh dans le texte d’origine est tiré du perse et fait référence à un lieu dans lequel se retiraient les soufis pour se consacrer à l’adoration.

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الحَمْدُ لله رَبِّ العَالَمِيْنَ

La louange est à Allāh, le Créateur du monde.