بِسْمِ اللهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيم


Ibnou l-Wardiyy a dit dans son livre Tārīkhou bni l-Wardiyy : « Au mois de ĵoumāda l-ākhirah de l’an 718, le sultan émit un décret interdisant le chaykh Ibnou Taymiyyah de donner des fatwas et cela relativement à la question du divorce par serment. Un conseil fut tenu pour cela à la suite duquel cette interdiction fut criée publiquement. Et j’ajoute qu’après cette interdiction et cette criée publique, quelqu’un m’apporta une fatwa dans laquelle il était question d’un homme qui avait divorcé son épouse trois fois par une seule formule durant sa période inter menstruelle ou par plusieurs formules répétées au cours de différentes périodes inter menstruelles avant même qu’il ne la reprenne ou qu’elle parvienne au terme du délai d’attente avant remariage. [Dans cette fatwa] il était écrit : « En cela il y a deux avis juridiques ; le plus vraisemblable d’entre eux est que cela ne compte que pour un seul divorce même s’il a prononcé un autre divorce après l’avoir reprise ou qu’il l’épouse à nouveau par un nouvel acte de mariage. Ce divorce est compté puisqu’il était licite. De même le troisième divorce qui intervient après une reprise ou un nouvel acte de mariage, il est licite, par conséquent il est pris en compte. Et cette femme ne lui redevient licite que par un mariage religieux et non pas par un mariage « taḥlīl ». Allah est plus sachant ». En dessous, Ibnou Taymiyyah a écrit de sa propre main : « Ceci est transcrit de ma parole. Signé Aḥmad Ibnou Taymiyyah ». Et il a autorisé plusieurs autres choses que cela sur la question du divorce auxquelles les savants n’ont prêté aucune attention et vers lesquelles aucun savant ne s’est orienté ».

Il a dit ensuite : « La même année –c’est-à-dire l’année 726 – au mois de chaﺀbān, le chaykh Ibnou Taqiyyou d-Dīn bni Taymiyyah fut incarcéré dans la citadelle de Damas. On l’y conduit avec bienséance sur une monture et Machdou l-‘Awqaf ainsi qu’al Ḥāĵib ibnou l-Khaṭīr furent placés à son service. On lui dégagea une cour et on l’aménagea de sorte qu’il puisse y vivre. Puis le sultan ordonna qu’on l’empêche de donner des fatwas et cela relativement au fait que des fatwas écrites de sa main et interdisant le voyage et l’utilisation des montures pour rendre visite aux prophètes et aux vertueux avaient été retrouvées. Une partie de ses adeptes furent également emprisonnés tandis qu’une autre partie furent sévèrement réprimandés. Par la suite, la première partie fut libérée sauf Chamsou d-Dīn Mouḥammad bnou Abī Bakr l’imam de al- Ĵawziyyah qui fut incarcéré dans la citadelle de Damas. »

Salāḥou d-Dīn aṣ-Ṣafadīyy l’élève d’Ibnou Taymiyyah et de Taqiyyou d-Dīn as Soubkiyy, dans son ouvrage intitulé ‘Aﺀyānou l-ﺀaṣri wa ‘aﺀwānou n-naṣri confirme ce qui précède : « et certes, au mois de rabīou l-‘awwal de l’an 698 une armada de savants chāfiites s’élevèrent contre lui pour lui reprocher un de ses propos relatifs aux attributs de Dieu. Ils répliquèrent point par point au contenu de son livre « al fatāwā l-ḥamawiyyah » et une assemblée fut réunie dans laquelle le gouverneur de Damas al ‘Afram pris la défense d’Ibnou Taymiyyah. Malgré cela, ce dernier ne fut pas en mesure de leur donner des explications sensées. Il fut alors publiquement crié dans les rues de Damas la fausseté et l’absurdité gravissime de cette croyance. Et alors qu’il se vit interdit de parole, le gouverneur Ĵāghānou l-Machd lui apporta son soutien.

Puis un jour de vendredi, alors qu’Ibnou Taymiyyah était assis et prenait la parole comme à son accoutumée, il fut rejoint par le juge des juges Imāmou d-Dīn et son frère Ĵalālou d-Dīn qui se mirent à l’interroger. Après un long moment de discussion, ils sortirent et dirent : « celui qui trouve à redire sur le chaykh Taqiyyou d-Dīn, nous lui infligeront une sanction. »

Il fut ensuite convoqué en Egypte, lui et le juge Naĵmou d-Dīn ibnou Ṣaṣrā. Ils s’y rendirent le 12 du mois de Ramaḍān de l’an 705 ; il reçut alors le soutien du gouverneur Sayfou d-Dīn Sallār tandis que al Ĵāchnakīr s’en pris à lui. On convoqua une assemblée à la suite de laquelle il fut décidé son incarcération et c’est à la prison de Khazānatou l-bounoūd qu’il fut écroué. Au mois de Ṣafar de l’an 709, il fut transféré vers Alexandrie et on ne permis à aucun de ses fidèles de s’entretenir avec lui. Puis il fut libéré et s’installa au Caire un moment après quoi il fut à nouveau incarcéré. A son retour de Karak, an-Nāṣir le fit libérer le 8 du mois de Chawwāl de l’an 709. Il réapparu alors à Damas et le mardi 19 du mois de Ramaḍān de l’an 719, les fouqahā’ ainsi que les juges furent rassemblés autour du gouverneur Sayfou d-Dīn Tankar. On leur lu la missive du sultan et plus particulièrement le passage relatif au chaykh Taqiyyou d-Dīn à cause de ses fatwas sur la question du divorce. Il fut alors blâmé et se vit interdire d’émettre des jugements. Et l’assemblée se sépara sur la confirmation de cette interdiction.

Puis le jeudi 22 du mois de raĵab de l’an 720 une assemblée fut à nouveau convoquée à Dār as-Saādah. Il fut interrogé à plusieurs reprises sur ses propos relatifs à la question du divorce et fut à nouveau blâmé.

Il fut alors incarcéré dans la citadelle de Damas et il y demeura jusqu’au lundi, jour de Āchoūra’ de l’an 721. Après cinq mois et dix-huit jours de détention il fut libéré après la prière du Aṣr par décret du sultan et retourna chez lui.

Enfin, après le temps du Aṣr du lundi 6 de chabān de l’an 726, alors que Ĵalālou d-Dīn al Qazwīniyy occupait la fonction de juge des juges, il fut interrogé quant à ses propos interdisant de visiter la tombe du prophète. On informa l’Egypte de cela et le sultan décréta son emprisonnement dans la citadelle de Damas où il demeura jusqu’à ce qu’il y décède en 728, la nuit du 22 de dhou l-qidah. Quant à sa naissance, elle eut lieu à Ḥarrān en 661. Et je l’ai rencontré pour la première fois en 718 ou 717 dans son école située dans le quartier d’al Qaṣāīn à Damas. Je lui ai posé plusieurs questions délicates dans l’exégèse du Qour’ān, dans l’analyse grammaticale, et dans le domaine de ce qui est possible et obligatoire du point de vue de la raison comme je l’ai écrit dans la biographie que je lui ai consacré dans mon grand livre [Tadhkiratou ṣ-Ṣafadiyyah]. Par la suite je me suis entretenu avec lui de nombreuses fois et j’ai assisté à ses cours dans son école dénommée « al Ḥanbaliyyah ». A cette époque il me surprenait par sa bienfaisance et je voyais en lui un homme versé dans la science, un personnage unique en son genre appartenant à une espèce hors du commun. »

Mais l’issue qu’a connu Ibnou Taymiyyah est telle que le ḥāfiẓ, le faqīh, le mouĵtahid Taqiyyou d-Dīn as-Soubkiyy a décrite : « il fut condamné à la prison par tous les savants et gouverneurs de son époque sans exception ». 

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الحَمْدُ لله رَبِّ العَالَمِيْنَ

La louange est à Allāh, le Créateur du monde.