بِسْمِ اللهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيم


 

Par la suite les adeptes d’Ibnou Taymiyyah firent courir le bruit que leur chaykh avait eu raison de ses « examinateurs » et que la vérité était avec lui. Les gens les traînèrent alors devant le juge Ĵalālou d-Dīn al Qazwīniyy et avec eux Ibnou Taymiyyah qu’ils giflèrent. Il fut admonesté par décret puis quelqu’un intervint en sa faveur.

Et le juge ḥanafiyy réprimanda également deux des partisans d’Ibnou Taymiyyah. Et lorsque le mois de raĵab arriva à sa fin on réunit les juges et spécialistes du droit et une assemblée fut également organisée dans la cour à laquelle le vice-sultan assista ; ils délibérèrent sur le sujet de la croyance et le vice-sultan franchit avec eux cette première étape. Quelques jours plus tard une ordonnance du sultan les informa que le juge des juges Naĵmou d-Dīn ibnou Ṣaṣrā ainsi qu’Ibnou Taymiyyah étaient convoqués en Egypte et qu’un messager viendrait de ad-Diyār al Miṣriyyah pour les y emmener. Et dans le livre intitulé « Tarifoūna mā waqaa fī sanati thamānin wa tisīna fī aqīdati bni taymiyyah » : « Ils convoquèrent les gens et leurs demandèrent ce qui arriva à Ibnou Taymiyyah lorqu’il fut rapporté de lui une parole qu’il avait dite et ils apportèrent au juge Ĵalālou d-Dīn al Qazwīniyy la croyance qui avait été présentée à Imāmou d-Din à l’époque où il était juge des juges.

Ils s’entretinrent avec le chef des émirs afin qu’il communique à ce sujet par voie écrite ; il répondit favorablement à cette demande. Le deuxième jour, lorsque le serviteur du chef des émirs parvint à quelques miles de l’Egypte, il découvrit que les plaintes concernant Ibnou Taymiyyah étaient nombreuses et que le juge mālikite l’avait très sévèrement poursuivi. Il lui fut également rapporté de nombreuses choses relatives à ce qui était arrivé aux adeptes d’Ibnou Taymiyyah à ad-Diyār al Miṣriyyah et notamment que l’un d’entre fut giflé. Lorsque le chef des émirs pris connaissance de tout cela il abandonna l’idée de toute communication écrite et envoya Chamsou d-Dīn ibnou Mouḥammad al Mahmandār à Ibnou Taymiyyah pour lui dire : « Saches que notre maître le chef des émirs à décrété que tu voyages demain ». Il se rendit également chez le juge des juges et commencèrent à se préparer. Les deux frères d’Ibnou Taymiyyah l’accompagnèrent dans son voyage ainsi qu’une partie de ses partisans.

Le sept de chawwāl, le messager arriva à Damas et les informa de leur départ pour ad-Diyār al Miṣriyyah et que une assemblée avait été organisée pour eux en présence de juges, de savants, de spécialistes du droit et d’émirs. C’est alors que le chaykh Chamsou d-Dīn ibnou Adnān ach-Chāfiiyy prit la parole et poursuivit Ibnou Taymiyyah sur sa croyance et en cita certains passages. C’est alors qu’Ibnou Taymiyyah commença par louer Allah et Le glorifier et poursuivit par des exhortations. Mais on lui dit : « Ô chaykh ce que tu dis, nous le savons déjà et nous n’avons pas besoin de tes conseils. Il a été intenté à ton égard une action en justice alors répond ! » Ibnou Taymiyyah voulu à nouveau recommencer ses louanges mais on l’en empêcha mais on le pressa de répondre mais il s’abstenu. « Réponds ! » lui dit-on à plusieurs reprises mais il ne prononça pas un mot. La situation perdura et le juge mālikite finit par ordonner sa mise en détention. Il fut alors incarcéré lui et ses deux frères dans une des tours de la citadelle.

Un groupe d’émirs allaient le visiter de temps en temps et le juge toléra cela jusqu’à ce qu’il se réunisse avec eux et leur dit : « Il faut absolument l’isoler encore plus si on ne l’exécute pas car si sa mécréance est avérée [et qu’il ne revient pas à l’Islam] ce sera la peine de mort. Il fut alors transféré et enfermé dans une fosse de la Citadelle de la Montagne. Il fut bientôt rejoint par ses deux frères qui y furent conduits sans ménagement.

Et le seize de dhou l-qidah le juge des juges Naĵmou d-Dīn ibnou Ṣaṣrā arriva tout droit de ad-Diyār al Miṣriyyah. Il prit place le vendredi dans la salle ach-Choubbāk al-Kamāliyy [1] de la mosquée de Damas] en présence des récitateurs et des chœurs religieux qui l’accueillirent en chantant. Hors Naĵmou d-Dīn avait apporté avec lui des livres qu’il ne montra pas immédiatement au vice-sultan mais seulement après quelques jours. C’est alors que le chef des émirs, par obéissance aux diverses ordonnances du sultan, décréta qu’on les lise et qu’on mette en application leur contenu. Durant la nuit, on prit la décision de convoquer le jour suivant les ḥanbalites dans « la loge des tribuns » de la grande mosquée des omeyyades après la prière. Tous les juges furent présents dans cette loge et même le grand émir Rouknou d-Dīn Baybars al Alā’iyy. Ensuite on fit amener le décret de nomination du juge Naĵmou d-Dīn ibnou Ṣaṣrā -qu’il avait amené avec lui depuis l’Egypte- qui confirmait sa reconduction dans les fonctions de juge des juges, de juge des affaires militaires, des affaires liées aux dons inaliénables ainsi que dans d’autres fonctions connues. A la suite de quoi on lut le livre qu’il avait apporté avec lui et qui avait en partie trait aux écarts d’Ibnou Taymiyyah relevés dans son livre de croyance, et à l’obligation pour les gens et plus particulièrement les ḥanbalites de ne pas suivre ces mauvaises croyances. Ce livre faisait également état de la menace terrible qui pesait sur ces derniers [s’ils ne se repentaient pas] comme la révocation de leurs fonctions, l’emprisonnement, la confiscation de leurs biens et la peine de mort pour avoir quitté par [l’adoption de] cette croyance la religion de Mouḥammad.  Et ce livre est la copie conforme du livre original. Ensuite Chamsou d-Dīn, Mouḥammad ibnou Chihābi d-Dīn al Mawqiiyy s’est chargé de le lire à son tour, et Ibnou Soubḥi l-Mou’dhin de le transmettre de sa part aux gens. Après cela, on lut le décret de nomination du chaykh Bourhānou d-Dīn aux prêches du vendredi. Puis on remit les ḥanbalites offusqués aux mains du juge Ĵamālou d-Dīn le mālikite et ils témoignèrent devant tous les autres juges que leur croyance était bel et bien celle de l’imam ach-Chāfiiyy que Dieu l’agrée.

Puis le sept du mois de ṣafar de l’année sept cent dix-huit, le sultan décréta l’interdiction de la fatwā émise par Ibnou Taymiyyah sur la question du divorce et ordonna la constitution d’une assemblée à Dār as-Saādah à laquelle assistèrent nombre de juges et de spécialistes du droit. Ils interrogèrent alors Ibnou Taymmiyyah quant aux fatwā qu’il avait émises sur la question du divorce. Ils lui rappelèrent aussi qu’ils lui avaient déjà interdit cela et qu’il avait persisté malgré tout, faisant fi du décret émis par le sultan dans ce sens et sans tenir compte non plus des arrêts prononcés par les gouverneurs pour l’en empêcher. Mais Ibnou Taymiyyah nia toutes ces accusations en bloc. Alors cinq individus motivés pour témoigner s’avancèrent et confirmèrent qu’Ibnou Taymiyyah leur avait rendu ce jugement après qu’il lui avait été interdit de le faire.

Ibnou Taymiyyah nia les faits une fois de plus et se résolu fermement à nier encore et encore. Ibnou Ṭoulaych s’avança alors accompagné de plusieurs témoins et affirmèrent qu’il avait rendu ce jugement dans le jardin d’Ibnou Manĵā à un boucher du nom de Qamar Mousalmāniy. On dit alors à Ibnou Taymiyyah de s’engager par écrit à ne plus rendre de jugement qu’il s’agisse de celui-ci ou de tout autre. Ibnou Taymiyah s’exécuta ; il écrivit de sa main qu’il s’engageait à ne plus rendre ce jugement mais s’abstenu d’ajouter « ou de tout autre ». Naĵmou d-Dīn ibnou Ṣaṣrā lui dit alors : « Je te condamne à être incarcéré dans une prison ». C’est alors qu’Ibnou taymiyyah lui répondit : « Ton jugement est invalide car tu es mon ennemi. » On ne prit pas sa remarque en considération et il fut emmené à la citadelle de Damas dans laquelle il fut incarcéré.

Puis le jour de Āchoūrā’ de l’an sept cent vingt et un, Ibnou Taymiyyah fut libéré de la citadelle de Damas après y être resté cinq mois et demi. » [Fin de la parole de al Ḥouṣniyy].



[1] Du nom du célèbre juge Kamālou d-Dīn ibnou Chahrouzoūriyy ; c’était une salle dans laquelle les juges rendaient leurs jugements et effectuaient la prière du vendredi.

 

(Page précédente)  (La suite…)


الحَمْدُ لله رَبِّ العَالَمِيْنَ

La louange est à Allāh, le Créateur du monde.