بِسْمِ اللهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيم


 

Ibnou Chākir al Koutoubiyy a dit : « Et le six du mois de chabān, le messager arriva de Dār al Miṣriyyah avec dans sa main le décret du sultan ordonnant l’incarcération du chaykh Taqiyyou d-Dīn ibnou Taymiyyah. Nāṣirou d-Dīn -chargé de la protection des dons inaliénables- et l’émir Badrou d-Dīn ibnou l-Khaṭīb -l’huissier- se rendirent auprès d’Ibnou Taymiyyah pour l’informer de ce qui allait lui arriver. Il leur répondit : « Il y a en cela beaucoup de bien. » Ils lui apportèrent une monture et chevauchèrent ensemble jusqu’à parvenir à la citadelle de Damas. On lui aménagea un endroit alimenté en eau et conformément au décret qui lui autorisait les services d’un fils, d’un frère ou d’un serviteur, son frère Zaynou d-Dīn Abdou r-Rahmān décida de l’y rejoindre pour l’assister.

La cause de cela était qu’il avait donné une fatwā dans laquelle il avait osé cité le célèbre ḥadīth :  "لا تشدّ الرحال إلاّ إلى ثلاثة مساجد"pour prétendre l’interdiction de visiter les tombes des prophètes telles que la tombe d’Ibrāhīm al Khalīl ou encore celle de Mouḥammad. Il est de plus avéré que [son élève] Chamsou d-Dīn ibnou Qayyim al Ĵawziyyah durant son séjour à Jérusalem monta sur le minbar de la mosquée al Aqṣā et cita cette fatwā durant son exhortation puis il dit : « Moi je repars d’ici et je ne visite pas al Khalīl. » Puis à Naplouse on organisa pour lui une assemblée d’exhortation et il cita à nouveau la fatwā mot pour mot puis d’ajouter : « Et on ne visite pas la tombe du prophète mais seulement sa mosquée.» Les gens se sont alors jetés sur lui mais le gouverneur de la ville le protégea d’eux. Les habitants de Jérusalem et de Naplouse informèrent alors Damas de ce qui s’était passé et de ce qu’il avait dit. Le juge mālikite le convoqua mais il tenta de l’amadouer alors on l’envoya dans le quartier de aṣ-Ṣāliḥiyyah auprès du juge des juges Chamsou d-Dīn ibnou Mouslim entre les mains duquel il se repenti et prononça les deux témoignages pour revenir à l’islam. Le juge accepta son repentir, témoigna de sa foi et leva la sentence de mort qui pesait sur lui.

C’est alors que les juristes chāfiites et mālikites rédigèrent une fatwā contre Ibnou Taymiyyah qui était le premier à avoir osé dire une telle chose. Le chaykh Bourhānou d-Dīn fils du chaykh Tāĵou d-Dīn rédigea environ quarante lignes citant nombre des paroles et jugements proférés par Ibnou Taymiyyah et il le déclara mécréant pour la dernière des paroles. Chihabou d-Dīn ibnou Ĵahbal alla dans le même sens et écrivit en-dessous « les mālikites rendent le même jugement » et d’autres firent de même. La fatwā fut portée auprès du vice-sultan qui voulut réunir une assemblée de juristes et de savants mais l’affaire était trop énorme pour ne pas en aviser le sultan. C’est alors que les juges furent réunis mais le juge mālikite ne put se joindre à eux car il était malade. Lorsqu’ils entendirent la fatwā le juge des juges Badrou d-Dīn ibnou Ĵamāah dit : « L’auteur de ses propos est un égaré qui trompe les gens et un innovateur ! » Le juge ḥanafite et le juge ḥanbalite furent entièrement d’accord avec lui. Le sultan s’adressa alors à Badrou d-Dīn : « Que décides-tu à son encontre ? » Il répondit : « Qu’on l’emprisonne ! » Et le sultan de poursuivre : « C’est exactement ce que j’avais en tête ! » Le décret fut ensuite envoyé à Damas et confirmé par le vice-sultan qui en ordonna l’exécution. Il fut lu sur la chaire par Badrou d-Dīn ibnou l-‘Azāziyy al Mawqi et relayé par Ibnou n-Naĵībiyy al Mou’dhin. Et voici son contenu après avoir commencé par cité le nom de Dieu le Miséricordieux : « Que Allāh fasse perdurer Ses bienfaits, nous vous informons de l’arrivée d’une correspondance que le sultan a rédigée en raison [de ce qui est provenu] d’Ibnou Taymiyyah. Nous y avons porté toute notre attention et avons pris connaissance de son contenu et notamment de l’affaire précitée et la persistance [d’Ibnou Taymiyyah] à émettre des fatwā. Et cela malgré les divers décrets du sultan l’en interdisant et faisant suite à la décision rendue par les juges et les savants les plus éminents.  

Nous avons donc convoqué une assemblée que nous avons présidée et dans laquelle nous avons décidé de lire ces fatwā aux juges et savants qui ont à l’unanimité rejeté les avis d’Ibnou Taymiyyah en les jugeant incorrects et inacceptables. Ils ont également ordonné la suspension de ses fonctions, son arrestation et son emprisonnement durant une longue période ainsi que son interdiction absolue d’émettre des avis juridiques. Ils écrivirent cela de leur propres mains et sous nos yeux sur la première page de l’exemplaire des fatwā d’Ibnou Taymiyyah que nous avions mis à leur disposition. Et nous les avons inclus dans cette correspondance à l’attention de son altesse afin qu’il s’arrête sur ce que les quatre juges ont écrit, qu’il ordonne son incarcération dans la citadelle de Damas la Protégée, qu’il lui interdise catégoriquement de donner des avis juridiques, et qu’il interdise aux gens de se réunir avec lui et même de le visiter. [Nous avons prévu] qu’on lui assure chaque jour ce dont il a besoin et qu’un serviteur de son choix soit mis à sa disposition parmi ses proches comme un fils, un frère ou ce qui est de cet ordre. Pour que son altesse ait ainsi une connaissance parfaite du dossier et que son assentiment vis-à-vis des réquisitions prononcées par les imams et savants se concrétise par une longue incarcération dans la prison citée. Certes la plupart du temps il entretient les gens de choses abominables qui absorbent leur esprit et les perturbent. Lui interdire cela et ne pas accepter de faux prétexte de sa part pour déroger à cette interdiction est prioritaire. [Nous souhaitons] que l’intervention [de son altesse] corrobore cette décision et qu’il en ordonne l’exécution. Et si jamais son altesse confirme le décret sur lequel nous nous sommes accordés au sujet d’Ibnou Taymiyyah cela induit l’interdiction pour tout autre d’emprunter la même voie que lui, de rendre ce genre d’avis ou de les suivre, qu’il s’agisse de ceux relatifs au divorce ou de ses autres fatwā inédites.

Et si jamais il nous venait à apprendre que quelqu’un applique ces avis ou les transmets son cas sera étudié de la manière suivante : s’il s’agit d’un chaykh il sera sanctionné de la même manière qu’Ibnou Taymiyyah. Et s’il s’agit d’un de ses jeunes adeptes, tout comme lui en quête de notoriété, il se chargera de les rappeler à l’ordre et de les sanctionner comme on le fait dans les cas similaires lorsqu’il s’agit de rectifier l’état des gens et il empruntera pour cela la voie de la raison. Et que personne n’ose plus émettre de jugement qui contredise le consensus ou innover dans la religion des postulats que personne avant lui n’a faits.

Et son altesse étudiera ces directives que nous avons établies. Elles permettent sans aucun doute de fermer les portes aux faux-fuyants, et prévalent sur le fait de le laisser agir.

 

 

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الحَمْدُ لله رَبِّ العَالَمِيْنَ

La louange est à Allāh, le Créateur du monde.